Agathe Verschaffel //// Fac(s)tory

Entre grappin hydraulique de grue et dents de la mer… 

Histoires d’usines en effet, avec cette exposition dédiée aux paysages industriels. La jeune artiste originaire de Calais s’est inspirée de son environnement maritime et des sites portuaires pour produire un corpus conséquent et d’une cohérence parfaite avec son sujet. De grands formats en toiles métonymiques, l’œil se fait caméra et zoome à loisir sur des détails appropriés, osant tous les plans et jouant avec la grammaire sidérurgique, bien souvent sidérante de sens et prétexte aux interprétations les plus insensées. Des codes qui ont l’air obsolètes, une marche à suivre désormais caduque, le regardeur est libre d’errer à sa guise parmi ces décors fantômes où l’on pourrait presque entendre cliqueter les chaînes de délimitation – et autant d’avertisseurs sonores et de sirènes en bord de mer- tant l’hyperréalisme est saisissant et questionne le réel. Des architectures labyrinthiques désertées aux allures de jeu de piste. De quoi perdre le sens de la marche, et du contact. Vers une froideur généralisée ? L’extincteur est là pour signifier les ardeurs toujours possibles et les interdictions font office de défi à relever, comme autant de crispations intérieures et de désir refoulé. Passer outre, oui mais dans quel but. Pénétrer l’espace, s’arroger le droit de marquer son territoire… Comment ne pas penser ici à l’œuvre de Peter Klasen (entre autres). Sauf qu’ici, pas besoin de l’effet « pub » et pop pour saisir tout l’enjeu de ce champ lexical à double tranchant et suggérer un rythme binaire obsédant. Fabrication d’une imbrication en série. Vers un érotisme non-figuratif ? Cependant, ces absences glacées sous-tendent autre chose, un conte nettement plus glauque. Les lieux s’autosuffisent et sont parfois le théâtre de faits divers. C’est de ce pouvoir-là qu’il s’agit au fond. Qui est spectateur de quoi ? Où est le voyeur et où se situe le vice. Visser vers « ça » et resserrer les boulons. Vers une mécanique bien huilée, ou en panne. A remettre en état de marche ou bien laisser la rouille s’installer, s’user. Patiner sans s’embourber. Ne plus répéter les mêmes mouvements et faire grève (du sexe ?). Une révolte intérieure, balisée par un « 3x8 » jamais déclaré. Défense d’accès qui dit aussi quelque chose sur des métiers en perte de vitesse de croisière. Perspectives saturées. Point de fuite. Bataille navale sur la touche, plage abandonnée et sablier écoulé, ou une autre histoire de (trompe-)l’œil. Un jeu de lois à traverser de toute urgence via ces cases-tableaux ; inévitablement, le féminin sera chargé de faire appliquer les règles (car marre de passer pour la grue de service). Refuser de se faire mettre le grappin dessus et préférer passer par-dessus bord. Décidément, voici une palette-bouée au métronome inquiétant qui hantera longtemps.

Par aSk